Deux jours avant la réunion du conseil d’administration de l’association « Suivez la flèche » qui s’est tenue le 24 juillet – en visioconférence – nous posions avec le titre de notre article une question : « Suivre la flèche » ou la fragiliser ?
Force est de constater que l’assemblée générale du 15 juillet, suivi de la mise en place d’un nouveau conseil d’administration comme préambule à l’élection d’un nouveau président le 24 juillet a donné une dimension politique, conflictuelle à un dossier qui ne le méritait pas.
Avait-il été affecté par le passé d’un enjeu politicien ? Oui et c’est d’ailleurs Mathieu Hanotin lui-même qui avait déjà ouvert ce mauvais bal. En dénonçant, en 2013, ce projet comme une « opération de communication lancée tout juste un an avant les élections municipales ». C’est un fait. Jamais avare de revirement quand son intérêt est en jeu, il avait tourné casaque au moment où François Hollande avait tranché en faveur du projet.
Une Assemblée générale façon joueurs de bonneteau, où est le droit ?
Les statuts de l’association « Suivez la flèche » désigne des membres de droit du conseil d’administration. Les élus locaux et territoriaux, un représentant de l’Etat, de la Région, du département. Ils sont légitimes à s’adjoindre des partenaires appartenant à divers collèges, des acteurs économiques (collège A), des acteurs culturels et associatifs (Collège B), des personnes ressources du fait de leur compétence (collège C).
Le 15 juillet, jour de l’assemblée générale, Mathieu Hanotin n’est plus membre de droit ni au titre d’élu de la ville de Saint-Denis, ni au titre d’élu de Plaine Commune.
Première interrogation. A quel titre préside-t-il ce jour l’assemblée générale de l’association ?
Deuxième interrogation. A quel titre fait-il partie du conseil d’administration à la suite de l’assemblée générale ? Il apparait au titre de représentant de la Métropole du Grand Paris, – collectivité dans laquelle il siège –, mais dans le collège A, celui des acteurs économiques. Tout comme Pierre Rabadan, adjoint au maire de Paris, Emmanuel Grégoire. Deux représentants de collectivités qui rejoignent à cette occasion – comme par enchantement –, le collège des acteurs économiques.
Notons au passage que dans le conseil d’administration de l’association, présidé par Mathieu Hanotin ces six dernières années, ni la Métropole du Grand Paris ni la ville de Paris n’étaient représentés. Entre temps, deux acteurs économiques de premier plan, mécènes historiques, membres du conseil d’administration ont été évincés du collège A. L’un deux a contribué au projet à hauteur de 500 000 euros. Une broutille.
Quand, comment Mathieu Hanotin a été désigné comme représentant de la Métropole du Grand Paris au sein de l’association ? Quand La Métropole du Grand Paris et la ville de Paris sont devenus membres de l’association leur permettant de désigner des représentants ?
Troisième interrogation. Comment peut-on intégrer dans un conseil d’administration une personne à la fois maître d’ouvrage et maître d’œuvre du projet ? Un commanditaire et un prestataire réunis en la personne d’un architecte en chef des monuments historiques, fonctionnaire de l’Etat. On notera que ceux-ci sont autorisés à exercer la profession d’architecte à titre privé. Cette libéralité autorise-t-elle une situation qui s’apparente à un conflit d’intérêt ?
Nous ne ferons pas ici la – longue – liste des questions qui peuvent interroger, froisser une juridiction.
Notons juste qu’elles sont partagées, sur son profil Facebook, par un ancien élu, colistier de Mathieu Hanotin lors de l’élection municipale : « Sur la forme, certains points méritent d’être suivis avec attention : la question de la présidence de l’assemblée générale par un représentant dont le mandat aurait expiré, ou le conflit d’intérêts pointé contre l’architecte en chef des Monuments historiques, ne sont pas des broutilles si les faits sont avérés. »
Avant tout un procès en légitimité. Noir, musulman, élu, insoumis, c’en est trop.
Une maladresse de langage de Bally Bagayoko justifierait–elle de jeter un doute sur son engagement, sa conviction de poursuivre ce projet déjà bien engagé par ses nombreux prédécesseurs ?
Qui peut croire un instant qu’une maladresse de langage serait autre chose, bien plus, forcément plus, qu’une maladresse de langage ? Qui peut croire qu’en son for intérieur la Basilique de Saint-Denis équivaut pour Bally Bagayoko à un gymnase ou tout autre équipement ?
Laisser croire, faire croire cela est plus simple. Cela permet à ceux qui empruntent ce chemin de rendre audible leur propos. Celui, au fond, d’un procès en légitimité.
A-t-on pourtant, à un moment ou un autre, interrogé, questionné, mis en doute les compétences de Patrick Braouezec ou de Mathieu Hanotin pour présider l’association ?
D’autres ne s’embarrassent pas d’un masque. L’élection de Stéphane Bern nous protégerait de l’érection « d’un minaret ». Bally Bagayoko est invité « à remettre en état la mosquée de Bamako ». A contrario, Stéphane Bern respecte lui « les valeurs françaises », les« traditions françaises », la « culture française, notre religion chrétienne »… Des centaines de commentaires sont de cet acabit.
Toute la fachosphère s’est donnée rendez-vous. Cathos intégristes, racistes invétérés, apprentis nazillons, islamophobes patentés, droite dure et bas du front.
Faudrait-il connaitre sur le bout des doigts l’histoire de France, la liturgie, savoir que les disciples de Saint-Denys, évêque de Paris, se nommaient Rustique et Éleuthère pour présider l’association ? Faut-il correspondre à un phénotype particulier pour prétendre à la représentation politique : expression formatée, froideur et distance, surplomb élitaire, absence d’empathie ?
Bally Bagayoko est sur le terrain. Il s’expose, s’expose beaucoup. A s’exposer beaucoup, – sans filet – trop ? – on se lâche, on commet des maladresses. Péché véniel. Racisme et déni démocratique sont d’une autre nature. Vent mauvais, péchés mortels.
PS : J’emprunte le titre « France rance » à l’éditorialiste du journal Libération, Jonathan Bouchet-Petersen qui rendait compte, il y a dix ans, de la parution de l’ouvrage de Dominique Albertini et David Doucet, intitulé La fachosphère aux éditions Flammarion.