Un fidèle. Le très politique chantier de la basilique Saint-Denis. Le quotidien "La Lettre" qui suit au jour le jour « la recomposition des réseaux d’influence », ne se trompait ni sur les mots choisis ni sur le sens de cette nomination. Un fidèle puisque Nicolas Matyjasik avait rejoint Mathieu Hanotin dès août 2020. Un très politique chantier et dont la gouvernance connait – ces tout derniers jours – d’étranges et brutaux changements.
Mais revenons d’abord en arrière. Si ce chantier peut être qualifié de très politique c’est d’abord parce qu’il a été porté dès sa genèse par des élus. Porté et avec continuité par ceux qui se sont succédés à la tête de la municipalité, élus, réélus ou s’inscrivant sur ce dossier dans les pas de ceux qui l’avaient imaginé, défendu, lancé, promu dans les plus hautes instances de la République pour qu’il prenne forme, réalité et qu’il soit inscrit dans un calendrier et une maquette financière.
Marcellin Berthelot, Patrick Braouezec, Didier Paillard, Laurent Russier auront chacun, à leur mesure, à leur tour, porté ce projet.
« L’abandon du projet » réclamé par Mathieu Hanotin en 2013
Politique aussi, parce qu’il fut un enjeu de polémique dans laquelle s’engouffra Mathieu Hanotin qui, en 2013, déclarait que « La reconstruction de la flèche de la basilique de Saint-Denis serait une erreur coûteuse. ».
Le député et vice-président du conseil général, Mathieu Hanotin, demandait à l’époque « l’abandon du projet » considérant qu’il s’agissait d’un« contresens sur le plan historique et architectural », d’une « contradiction avec les principes de la Charte de Venise sur la conservation du patrimoine » et le qualifiait, dans un communiqué d’« opération de communication lancée tout juste un an avant les élections municipales ».
Mathieu Hanotin a depuis opéré un virage à 180 degrés voyant comment cette idée infusait d’années en années le champ culturel et patrimonial, les différents ministres de la Culture qui se sont succédés et cela jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, en la personne de François Hollande qui a balayé les dernières réserves.
Il fallait donc en être. Son mentor, Claude Bartolone avait d’ailleurs pris une position contraire à celle de Mathieu Hanotin puisque le 10 mai 2013, celui-ci adressait à au maire Didier Paillard un courrier dans lequel il indiquait ne pas pouvoir participer au comité de parrainage mais espérer « sincèrement que ce beau projet, qui contribuera tant à la valorisation de la basilique qu’au dynamisme du territoire dans lequel elle s’inscrit, pourra aboutir ».
Le successeur de Claude Bartolone à la tête du département, Stéphane Troussel, ira plus loin en attribuant en décembre 2020 au projet une subvention de 20 millions d’euros via le Fonds de solidarité interdépartemental par l’investissement (FS2i) qu’il présidait, un choix validé à l’unanimité par les 7 présidents des départements franciliens.
« Conforter le projet dans ses ambitions… soutenir la candidature de la ville de Saint-Denis au label Capitale européenne de la culture 2028 », souligne Mathieu Hanotin en 2020
Entre temps Mathieu Hanotin avait été élu maire de la ville en juin 2020. A l’occasion de cette subvention, Mathieu Hanotin déclarait : « Il s’agit d’un soutien majeur qui va permettre de conforter le projet dans ses ambitions, ses nouvelles orientations, et de lancer rapidement la nouvelle phase des travaux. Cet appui départemental et la dynamique ainsi créée permettront de soutenir la candidature de la ville de Saint-Denis au label Capitale européenne de la culture 2028 ».
On le voit. Les mots ont un sens. Un très politique chantier.
Mathieu Hanotin, élu, a fini par se glisser dans les pas de ses prédécesseurs et à l’instar de Patrick Braouezec, il est devenu président de l’association Suivez la flèche, maitre d’ouvrage du projet.
Ce projet, quoi qu’on en pense, a puisé ses sources dans l’engagement des élus de la ville, du territoire. Ils en ont été les initiateurs, les architectes, les moteurs, les accélérateurs. C’est fort de leur légitimité démocratique d’élus, qu’ils ont, les uns, les autres, tiré la légitimité d’en organiser la gouvernance.
Responsabilité ou aventurisme ?
Aujourd’hui, à rebours de l’usage, d’une jurisprudence par tous acceptée jusqu’alors qui voudrait que le maire, Bally Bagayoko, préside l’association-maître d’ouvrage, un candidat s’est déclaré, avec le soutien, semble-t-il, d’une coalition rassemblant l’Etat, la Région, la Métropole du Grand Paris, le département.
Une démarche qui, si elle venait à aboutir, remettrait en cause, priverait, déposséderait les élus locaux de leur légitimité à conduire jusqu’à son terme le projet dont ils sont les initiateurs.
La qualité du candidat, Stéphane Bern, intronisé parrain du projet par Mathieu Hanotin lors d’une conférence de presse le 7 janvier 2025 au sein de la Basilique, n’est pas en cause. Là n’est pas la question. Stéphane Bern est membre du conseil d’administration de l’association « Suivez la flèche ». Son engagement pour le patrimoine n’est plus à démontrer.
Des sorties suivies de l’entrée de nouveaux membres ont eu lieu tout récemment au sein du conseil d’administration lors d’une assemblée générale qui s’est tenue le 15 juillet dernier.
Des sorties suggérées à certains membres par le directeur général de l’association, Nicolas Matyjasik et le président sortant Mathieu Hanotin sur la base de motifs spécieux. Des mécènes historiques du projet ont été évincés du conseil d’administration. Une manière de procéder, de faire, des méthodes qui n’ont pas été du goût de tout le monde et qui sont, on le comprend, vivement contestés y compris par le secrétaire général de l’association, Francis Dubrac.
Le conseil d’administration doit se réunir le 24 juillet. Que se passera-t-il ce jour là et après ? Rien n’est exclu. Des recours juridiques ne sont pas à écarter.
A vouloir contourner, déposséder les représentants légitimes, naturels de la gouvernance du projet certains portent une lourde responsabilité, celle de fragiliser tout l’édifice en construction depuis de nombreuses années et cela au moment où il faut se consacrer à en boucler le financement.
Un grand chemin a déjà été accompli. Pourquoi entacher cette aventure humaine d’un tel aventurisme et d’une telle muflerie à l’égard des partenaires ?
Rectificatif jeudi 23/07 à 18h40 : L’assemblée générale s’est tenue le mercredi 15 juillet dernier et non le 16 juillet comme indiquée par erreur. Selon les informations complémentaires recueillies depuis la publication de notre article cette assemblée générale est susceptible d’avoir été entachée de diverses irrégularités.