Nous sommes en 2016, au début de l’année. Un jeune dionysien est violemment percuté par un scooter dans la rue de la République. Il est gravement blessé. Cet événement déclenche une vive émotion et de la colère dans le quartier et conduit à l’organisation d’une marche de protestation le 20 février 2016 qui, partie à la hauteur de la rue Catulienne, s’achève devant l’hôtel de ville afin d’interpeller la municipalité et exiger des mesures de sécurité concrètes (contrôle de la police, verbalisations…). Une volonté de circuler dans un espace public piétonnier en toute sécurité s’exprime à cette occasion avec force.
10 ans après, si la circulation de motos et de scooters rue de la République a nettement régressé, cet espace public très fréquenté connait depuis d’autres dangers. Ils s’avèrent finalement plus insidieux. Si le bruit d’un scooter ou d’une moto alerte les passants, rien n’annonce le surgissement d’une trottinette électrique qui slalome, au risque de percuter l’un d’entre-eux.
Piétons de tous âges, poussettes, enfants, beaucoup en bas âge dont les mouvements sont imprévisibles, changements de directions, arrêts devant l’étal d’un commerçant, tout cela est propice à ce qu’un accident survienne, à ce que l’un deux soient percutés.
En cause les EDPM (mono-roues électriques, gyropodes, hoverborads, trottinettes électriques…) et en premier lieu ces dernières, les plus répandues.
Le danger est patent, et pas que sur les périmètres définis par un arrêté du maire, Mathieu Hanotin, pris en septembre 2025, interdisant « la circulation des engins de déplacement personnel motorisé en zone piétonne ». Les utilisateurs étant invités « à circuler avec leur EDPM tenu en main ». Deux zones sont concernées, le centre-ville et le secteur de la gare.
D’abord informer.
Une phase d’information, de sensibilisation, vis à vis des contrevenants précédait une deuxième phase, celle des contrôles et de la verbalisation. Informer car beaucoup ignorent les obligations qui leur incombent, certains s’en dispensent, d’autres les contournent volontairement.
D’abord l’engin dont la vitesse est limitée, bridée à 25 km/heure. L’assurance est obligatoire. La circulation précisément réglementée en agglomération et hors agglomération. La conduite d’un EDPM est aussi interdite à toute personne de moins de 14 ans. L’usage en est exclusivement personnel, il donc interdit d’être à plusieurs sur l’engin.
Chacun a pu constater, à pied, en vélo ou en voiture combien ces règles sont contournées. Le piéton frôlé à toute vitesse sur un trottoir et qui peste contre le conducteur déjà loin. Le cycliste dépassé, quelquefois par la droite, par une trottinette qu’il n’a pas entendu arriver et lui rappelle combien il est dépendant de sa force musculaire qui ne lui permettra jamais d’atteindre 50 km/heure. L’automobiliste qui doit freiner ou faire un écart au moment ou deux personnes, souvent des mineurs, sans prévenir, juchés sur une trottinette décident d’abandonner le trottoir pour emprunter la voie de circulation.
Mise en danger de soi-même [1]. et d’autrui se répètent jusqu’à l’accident bénin, grave ou mortel.
Contrôler.
Assurances. Conformité à la vitesse réglementaire (25 km/heure). Equipements de sécurité. Autant d’éléments essentiels qui absents ou contournés peuvent conduire à des verbalisations de 35 euros à 1500 euros voire entrainer la saisie de l’engin. [2]
A titre d’exemple et pour bien se rendre compte du paradoxe de la législation en cours au regard de la réalité des engins qui circulent, prenons le cas d’une personne encore propriétaire d’un Solex. Ce cyclomoteur hors d’âge, à condition d’être parfaitement entretenu, sa vitesse de pointe culmine, sur du plat, sans vent contraire, à 35km/heure. Certificat et plaque d’immatriculation sont obligatoires. Les trottinettes n’y sont pas soumises. Débridées certaines dépassent les 50 km/heure, les plus puissantes les 90km/heure.
Sanctionner.
Sur le plateau semi-piéton en centre-ville, des affichages avaient été posés. Il en reste quelques uns. Une banderole tendue, au début de la rue de la République, n’est plus là.
La phase d’information n’a plus cours comme celle du contrôle, la séquence de verbalisation semble tout aussi inexistante. Pourquoi ?
Changement de doctrine en la matière ? Rien n’a été annoncé en ce sens. Est-ce un renoncement qui ne dirait pas son nom ? Une simple pause due à un manque de moyens humains qui contraint à privilégier d’autres missions ?
On sait le départ en cours de nombreux agents de la police municipale. On sait que ceux qui sont rattachés à la ville sont soumis à un préavis de trois mois, un mois pour d’autres détachés d’autres collectivités. Ceux qui auraient fait part de leur volonté de quitter la ville à fin mars et qui ont trouvé un autre poste sont partis ou sont sur le départ.
La période estivale a démarré, cela pèse aussi immanquablement sur les effectifs mobilisables sur le terrain et les obligations contractées par la précédente municipalité en terme d’effectifs pour être présents sur les événements du Stade de France sont calibrées, selon nos informations, à hauteur de 35 agents.
Départs, période estivale, récupérations, arrêts de travail… Et les événements au Stade de France se multiplient. Pas moins de 21 événements musicaux passés depuis le 2 mai et prévus jusqu’au 18 juillet. [3]
Dans les villes aménagées depuis longtemps autour et pour l’automobile, la réalisation, l’extension des périmètres piétonniers sont à poursuivre et conforter. Pouvoir déambuler dans ces espaces sans crainte d’être en danger, y flâner sans souci, l’esprit libre sans peur pour soi-même ou ses enfants, un droit. Dans les espaces piétonniers comme sur les trottoirs.
La municipalité se doit de faire respecter ce droit. Cette mission doit être au plus vite restaurée dans toutes ses dimensions : informer, contrôler, sanctionner.
PS : Un autre type de véhicules électriques s’est développée à vitesse grand V : les « fatbikes ». Des "vélos" à pneus ultralarges qui conquièrent de plus en plus les villes, sont presque tous non conformes au code de la route et dangereux, c’est ce que montre une enquête de l’Alliance pour le vélo. « 96 % des fatbikes vendus en France sont non conformes », indique cette fédération d’associations, qui appelle ces engins « faux vélos ». Ils « représentent un risque pour l’usager en premier lieu, pour la sécurité des autres usagers de la route ». « Les membres de l’Alliance pour le vélo demandent l’application stricte de la loi », et l’organisation « appelle les pouvoirs publics à renforcer les contrôles et à garantir une application stricte de la réglementation afin de protéger les usagers des pistes cyclables ».
Des "fatbikes" de plus en plus utilisés par les personnes exploitées par les plateformes de livraisons de repas.